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Données de marché: du carnet d'ordres à la bougie
L1, L2, L3, MBO, MBP, OHLCV: un même marché se lit à plusieurs niveaux de détail. Tour des grandes familles de données de marché, des formats qui existent, et de comment choisir.

Un marché, c'est une seule chose: des gens qui envoient des ordres d'achat et de vente, et un moteur qui les apparie. Mais selon la donnée que l'on achète, on n'en voit pas du tout la même chose. Une bougie d'une minute et le flux complet des ordres décrivent le même marché, avec des millions de fois plus ou moins de détail.
Choisir sa donnée, c'est choisir ce qu'on pourra savoir. Voici comment je m'y retrouve.
Les trois niveaux: L1, L2, L3#
Le vocabulaire le plus répandu découpe la donnée de carnet en trois niveaux.
- L1, le haut du carnet. Le meilleur prix acheteur (bid), le meilleur prix vendeur (ask), les quantités affichées à ces deux prix, et les transactions. C'est ce qu'affiche un écran de cotation classique.
- L2, le carnet par prix (market by price, MBP). Pour chaque niveau de prix, la quantité totale en attente, souvent sur 10 niveaux de chaque côté. On voit la profondeur, mais pas qui la compose.
- L3, le carnet par ordre (market by order, MBO). Chaque ordre individuel, avec son identifiant: quand il arrive, quand il est modifié, annulé ou exécuté. C'est la donnée la plus fine qui soit publiée par une bourse.
La différence entre L2 et L3 a l'air d'un détail. Elle ne l'est pas. Un niveau à 50 contrats peut être un gros ordre ou cinquante petits, et ce n'est pas le même marché. Avec du L3, on connaît aussi la file d'attente: à un prix donné, les ordres sont servis dans leur ordre d'arrivée, et savoir où l'on se trouve dans cette file change tout pour un ordre passif.
Les grandes familles de données#
Au-delà de ces trois niveaux, ce qu'on trouve chez les fournisseurs de données se range en quelques familles, de la plus fine à la plus résumée:
| Famille | Ce qu'elle contient |
|---|---|
| Ordre par ordre (MBO) | Chaque événement du carnet, ordre par ordre (L3). |
| Carnet par prix (MBP) | Les N meilleurs niveaux de prix de chaque côté, souvent 10 (L2). |
| Haut du carnet | Le meilleur bid/ask à chaque changement, avec les transactions (L1). |
| Transactions avec cotation | Chaque transaction, avec le meilleur bid/ask juste avant elle. |
| Cotation échantillonnée | Le meilleur bid/ask relevé à intervalle fixe (seconde, minute). |
| Transactions | Chaque transaction seule, le « time and sales ». |
| Bougies (OHLCV) | Ouverture, plus haut, plus bas, clôture et volume par intervalle. |
S'y ajoutent des données qui ne décrivent pas le carnet mais le contexte:
- la fiche de chaque instrument (échéance, pas de cotation, taille du contrat…);
- les statistiques officielles de séance, comme le prix de règlement ou l'open interest;
- l'état du marché (ouvert, suspendu, en pré-ouverture…);
- les déséquilibres d'enchères à l'ouverture ou à la clôture.
Enfin, pour les marchés éclatés entre plusieurs lieux de cotation (les actions américaines, par exemple), on trouve des versions consolidées, qui donnent le meilleur prix toutes places confondues. Sur un contrat à terme du CME, qui ne se traite qu'à un endroit, la question ne se pose pas.
On descend, on ne remonte jamais#
La règle la plus utile de tout le sujet: on peut toujours dériver une donnée moins fine à partir d'une plus fine, jamais l'inverse.
Avec du MBO, on reconstruit le carnet, donc les dix meilleurs niveaux, donc le meilleur prix, donc les transactions, donc les bougies. Avec des bougies, on ne retrouvera jamais ce qui s'est passé à l'intérieur de la minute.
Les autres formats que l'on croise#
Les fournisseurs normalisent souvent tout dans leur propre format, mais derrière, chaque bourse a le sien. Quelques noms qui reviennent souvent:
- CME MDP 3.0: le flux de marché du CME (contrats à terme comme le Nasdaq-100 ou le S&P 500), encodé en SBE, un format binaire pensé pour la vitesse. Il publie le carnet par prix et le carnet par ordre.
- Nasdaq TotalView-ITCH: le flux ordre par ordre du Nasdaq, avec des messages d'une lettre (ajout d'ordre, exécution, annulation, suppression, remplacement). C'est le grand classique du L3 sur actions.
- LOBSTER: une base académique de carnets du Nasdaq reconstruits à partir d'ITCH, très utilisée dans la recherche.
- TAQ (Trades and Quotes): l'historique des transactions et des meilleures cotations des actions américaines, consolidé toutes places confondues. La référence historique pour les études sur actions.
- Les plateformes crypto: la plupart publient du L2 sous forme de mises à jour incrémentales par niveau de prix, plus des instantanés périodiques. Le vrai L3 y est rare.
Comment choisir#
La bonne question n'est pas « quelle est la meilleure donnée? » mais « qu'est-ce que je dois pouvoir observer? ».
- Une stratégie sur plusieurs jours: des bougies suffisent souvent.
- Analyser ses exécutions (à quel prix j'ai été servi par rapport au marché): les transactions, avec la cotation juste avant chacune.
- Des indicateurs de profondeur (déséquilibre du carnet, murs de liquidité): un carnet par prix sur plusieurs niveaux, au minimum.
- Tout ce qui touche à la file d'attente, aux gros ordres découpés, aux ordres qui apparaissent et disparaissent: il faut de l'ordre par ordre.
Une surprise côté volume: le plus fin n'est pas forcément le plus lourd. Le MBO pèse évidemment bien plus que des bougies, mais un carnet à dix niveaux peut peser nettement plus que le flux ordre par ordre dont il est tiré: il republie dix niveaux à chaque changement, là où le MBO ne décrit que l'ordre qui a bougé. Pour Orion, je pars donc de l'ordre par ordre, avec les données de contexte (instruments, état du marché, statistiques de séance), et je reconstruis tout le reste moi-même.
Ce que j'en retiens#
- Les niveaux L1, L2, L3 sont une affaire de ce qu'on peut voir, pas juste de volume.
- On dérive vers le bas, jamais vers le haut: dans le doute, garder la donnée la plus fine et reconstruire le reste.
- Pour un moteur comme Orion, qui s'intéresse à la façon dont la liquidité se forme et disparaît, le MBO n'est pas un luxe: c'est la seule donnée qui raconte vraiment ce qui se passe dans le carnet. Comment je le transforme en carnet est l'objet d'un article dédié.
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